(Rose Kennedy)
- A nous ! Pour tenir toujours aussi bien la distance !
- A nous !
Je lève mon verre et le fait tinter contre celui de Vic'. Le son est agréable aux oreilles, un peut comme un petit air de fête. Mais je dois dire que le meilleur est encore quand le contenu de ces fameux verres finit dans nos gosiers. Le champagne est délicieux et les petites bulles pétillent sur ma langue. Vic' doit penser comme moi car elle tend déjà sa main vers la bouteille prête à en reprendre.
- Hé, mollo, la moitié m'appartient !
- C'est parce que mon père m'a fait boire alors que j'avais à peine quelques jours. Mon cerveau est psychologiquement dépendant de la boisson.
- Mais oui bien sur, je m'esclaffe, t'es surtout dépendante de la connerie ! Ton père a trempé son doigt dans un verre et t'a fait goûté ! Il y a quand même une nuance !
- N'empêche, comme tu le vois les séquelles sont très importantes. Tu devrais le savoir pour une diplômée en psychologie. C'est un fait scientifiquement prouvé : je suis une victime.
Je lève les yeux au ciel. Elle s'arrête jamais c'est incroyable. N'empêche je suis tellement contente d'être là avec elle. C'est pas tous les jours qu'on a une pause dans notre empli du temps de dingue. Vic' se ressert un verre et remplit le mien qui est encore à moitié pleins. Je ne proteste pas, loin de là ! Aujourd'hui est un jour spécial, alors ça vaut bien quelques écarts.
- A nous ! Les deux plus belles et les plus drôle des profiler !
- Et les plus modestes ! j'ajoute.
- Bien entendu ! rétorque Vic' en s'enfilant cul sec son verre. Elle le repose et me regard les sourcils élevés genre « bon tu compte te lâcher où je te file l'adresse d'un couvent ? » et j'avale aussi sec le miens.
Aujourd'hui c'est notre jour. Voilà deux ans que Vic' et moi nous avons été officiellement intégré l'équipe de profiler du FBI. Nous ne vivons plus à New York, mais à Quantico en Virginie. Suite à certains évènements de notre passé, il a été jugé que nous étions apte à faire partie de cette équipe. Mon c½ur se serre brièvement. Je n'aime pas trop me rappeler le passé, surtout pas un jour comme celui-ci. Je ne m'y replonge jamais. Jamais. Quand des souvenirs me reviennent ils sont froids et sombres, et toujours douloureux. Le derniers dont je me rappel est celui où je suis rentrée en France après...les évènements. Vic' et moi venions de recevoir une proposition pour intégrer les profiler, ce à quoi nous avions toujours aspiré en fait. Mes parents le savaient, et malgré leurs peur de me voir retourner là bas ils ne m'on pas détourner de cette ambition. De toute façon je ne le aurais pas écoutés, c'était LA chance de ma vie. Une chance que personne ne peut refuser. Heureusement je crois que le fait que j'aille en Virginie et non à New York les a quelque peut rassurés. J'avoue que moi aussi, cette ville ne me rappel pas forcément de bon souvenirs. Je sursaute suite à une nouvelle douleur à la poitrine. Ce n'est rien Evy, me dis-je. C'est normal que tu repenses à ça vu ce que tu fêtes, mais ce n'est pas une raison pour sombrer ! J'essaie en effet de garder la tête hors de l'eau, et j'y suis parfaitement depuis ces deux années. Mon travail m'accapare presque tout mon temps et je suis de moins en moins amené à penser à...à ce fameux passé. Vic' me regarde bizarrement mais je lui adresse un petit sourire histoire de l'a rassurée. Ca aussi, c'est une des raisons qui m'on permis de tenir. J'attirai trop l'attention, prisonnière de mon chagrin. Mes parents voulaient m'envoyer voir quelqu'un, Vic'qui a pourtant toujours été très extravertie se mettait soudain à me parler tout doucement comme si j'étais malade. Après tout je l'étais sûrement. Elle faisait également attention à ce qu'elle disais, choisissant ces mots avec soins pour ne pas me heurter. Alors j'ai réalisé que tous ce qui me restait c'était eux, ceux qui m'aimaient. Et mon avenir, avec un grand « A ». Je ne pouvais pas tout planter, pas maintenant ! Pas si près du but ! J'ai enchaîné ma peine et je l'ai mise d'un coter de ma tête, m'empêchant d'y penser. Bien sur ça a été beaucoup plus facile à penser qu'à faire. Des mois entier j'ai cru que je n'y arriverais pas. D'ailleurs je n'ai toujours pas vraiment réussie. Mais j'arrive à vivre, j'arrive à rire, à faire mon boulot, à penser à autre chose. Mon chagrin est toujours quelque part mais il est enfermé, il dort et ne fait plus entendre parler de lui. Sauf parfois....pas souvent, mais parfois je l'entends, il bouge un peut, quand je suis seule face à moi-même, il menacé de remonter. Chaque fois je l'écrase et je le repousse, mais pour combien de temps ? Combien de temps va-t-il encore dormir et me laisser en paix ?
Ca ne doit pas non plus être facile pour Victoria. Elle...enfin nous, nous n'avons jamais reparler de ce qui c'était passé. Il faut que j'arrête ! Je ne dois pas commencer à penser à ça ! Faut que je m'arrête là ! Stop !! Ce n'est pas le moment et ça ne le sera jamais ! C'est juste que...Vic' a été tellement forte, elle n'en a jamais reparlé. Elle n'a jamais été voir de psy, n'a jamais eu besoins d'aide. Elle a été là pur moi, à me surveiller, inquiète en me voyant repliée sur moi-même. Puis apeurée le jour où...NON ! Je suis courbée en deux, essoufflée. Heureusement que je suis seule dans la douche. Le souvenir m'a coupé le soufle. Je n'aurais pas du...j'ai pensé à ce jour où j'ai eu la lettre...
Cette fois le coup est plus fort, comme si la lettre se matérialisait devant mes yeux. Le mur noir dans mon esprit me fait mal et c'est comme si le souvenir de ce jour voulait se glisser dans une fissure. Mais je ne le permettrais pas ! Je suis toute seule, je ne dois pas perdre les pédales ! Je me force à imaginer une télécommande, comme le mur que je me suis créé. Cette fois je tiens cette télécommande et en appuyant dessus je fais un bon en avant....j'avance, j'avance. Je quitte ce jour et j'arrive au visage soulagée de Vic', elle est heureuse et cette joie calme un peut la douleur de ma poitrine. Elle est heureuse parce que je vais mieux. C'est tout ce que je voulais. Je me concentre sur son visage et je m'enroule vite dans une serviette. Je ne dois pas lâcher ce souvenir, je ne dois pas ! Je suis paniquée, j'ai peur de me laisser envahir par la lettre ! Vit, je dois quitter cette pièce, je vais mettre la télé, la musique à fond, n'importe quoi ! J'ouvre la porte...
- Bonjour Evy, me salut Kevin en rougissant.
Il est assis sur le canapé quand j'ouvre la porte mais il bondit en m'apercevant. Il me fixe étrangement et détourne les yeux gênés. Je suis moi-même étonné et sur le coup j'oublis la douleur qui palpite dans mon ventre. Puis j'ai froid...et je me rends compte que je ne porte qu'une serviette lâchement nouée sur moi et que je suis nue en dessous. Oups !
- Heu Kevin, heu...tu veux bien m'attendre deux secondes s'il te plait ?
- Bien sur marmonne-t-il en regardant partout sauf vers moi. Naturellement.
Je file vers ma chambre. Ca c'est une nouveauté, j'ai une chambre pour moi toute seule ! Chose que nous ne pouvions nous permettre dans notre dernier logement. Je ne dis pas que maintenant nous roulons sur l'or car ça serait un mensonge éhonté...mais disons qu'on a plus de moyens qu'avant. A cause de notre boulot nous ne sommes pas souvent là et nos chambres sont les premières à en souffrir. Des vêtements s'entasse un peut partout, là où je les mets quand je n'ai pas le temps et que je peux juste dégotter autre chose, me doucher et repartir aussi tôt. Je farfouille dans l'armoire et arrive à me trouver des fringues potables. J'ai intérêt à faire une lessive, je n'ai plus rien d'autres à me mettre. Pendant que je m'habille, le tissus irritant ma peau encore humide, je constate que le souvenir est repartis derrière le mur. Mais j'ai toujours mal et je décide de vite rejoindre Kevin avant d'être de nouveau submergée. Il est toujours debout. Il semble soulagée d me voir habiller et parvient même à me faire un grand sourire même si le rouge colore toujours ces joues. Ah ce sourire ! Il me réchauffe le c½ur, surtout que ça fait très longtemps que je ne l'ai pas vue ! Ne m'embrassant pas de questions (genre pourquoi est-il là ???) je me jette dans ces bras. Il m'enserre et je respire son odeur : toute douce et toue chaude. La douleur dans mon ventre diminue peut à peut.
- Hé bien Evy, moi aussi je suis content de te voir, rigole-t-il.
- Qu'est-ce qui t'amène, je demande doucement sans le lâcher.
- Parait qu't'as eu le droit à plus de cinq minutes de pause, alors j'ai pensé venir te saluer.
- Les nouvelles vont vite.
- Heureusement que Victoria m'a prévenue, m'aurais-tu oublié ?
Il plaisante mais il ne s'agit pas d'une question rhétorique. Je me recule et lui fait signe de s'asseoir.
- Désolé mais Vic' m'a forcé à boire hier et j'étais trop fatiguée pour penser à quoi que ce soit. Tu veux quelque chose à boire ?
- Un coca suffira. J'aurais bien fêter un peut plus dignement tes deux ans mais comme tu ne semble pas le tenir...
- Tu ne comprends pas, je rétorque en me dirigeant vers le frigo, avec Vic' c'est deux bouteilles entières ou rien !
J'ouvre le frigo : bon de toute façon il ne reste que des coca. C'est quand la dernière fois qu'on a fait les courses ? Impossible de m'en souvenir. Mais ça urge, il y a plus de jus de fruits ! AH Horreur et désespoir, c'est quoi ce bordel !! Je râle dans ma barbe et me reporte sur un coca aussi. J'attrape deux verres et reviens au salon.
- Comment ça va entre Vic' et Matt ? demande-t-il en ouvrant sa canette.
- C'est le monde des bisounours. Elle est avec lui là.
- Elle t'a abandonné, pauvre petite.
Je ne dis rien. Il y a encore un peut plus d'un an le simple fait de me laisser toute seule ne serai-ce qu'une minute aurait parut l'acte le plus horrible pour Vic'. Elle et Matt s'étaient beaucoup rapprochés à cette époque mais il a accepté sans broncher de jouer les nounous avec elle. Quand elle a vu que j'allais mieux elle s'est laissé allé et elle et Matt on...enfin bref, je vais pas vous faire un dessin. Je suis très heureuse pour elle, sincèrement. Même si au début ça me faisait un peut mal, les voir tout les deux, ensemble. Mais c'est bon maintenant, j'ai dépassé ce stade. Vraiment.
- Evy...je me suis dis que comme tu n'étais pas occupé on pourrait...je sais pas, voir Karl par exemple non ? Ca te ferait plaisir ?
Ah Karl, ça fait longtemps. Il est venu à noël l'année dernière mais je ne l'ai pas revu depuis. C'est vrai qu'avec nos métiers se voir est un véritable tour de force. Mais je l'appelle dès que je peux. S'il y a quelque chose que j'ai appris c'est qu'à quelque chose malheur est bon. Malgré la période...chaotique que j'avais passé à New York, je n'avais pas tout perdu. J'avais bien sur gagné ma place dans l'équipe mais surtout j'avais gagné des amis. De véritables amis. Karl est désormais aussi proche de moi que pourrait l'être un père. Kevin est également quelqu'un d'unique, il a toujours été mon petit soleil qui me fait du bien. Je l'aime énormément. Il y a aussi Valentina une autre profiler, même si nos rapports en restaient à ceux de simple collègue je l'aimais beaucoup. Et enfin il y avait Jonathan. C'étai franchement un mec super, je ne sais pourquoi j'ai eu tellement de mal à me lier à lui...à cette époque. Peut être parce que lui-même ne se lie pas très facilement, je ne sais pas. Quoi qu'il en soit il est désormais un véritable ami. Je le vois tous les jours, pas comme Karl. Ca serait ben de le revoir en effet.
- Pourquoi pas ? Ca serait vraiment super !
Kevin me ait un immense sourire. Ce mec ne devrait pas avoir le droit de faire un tel sourire c'est dégoûtant ! Mais bon, il me fait du bien et j'ai oublié à quel point sa présence m'est bénéfique. Alors que je m'apprête à réclamer un câlin (il s'et habitué depuis longtemps à mes brusques élans d'affections, j'en suis sure) mon téléphone vibre sur la table. Je l'attrape aussitôt et soupire derechef : c'est « Fuller » qui s'inscrit sur l'écran. Ennuis en perspective :
- Bonjour monsieur, c'est pour me souhaiter un bon repos ? C'est très gentil à vous, vraiment, ce n'était pas nécessaire vous savez, je dis ironiquement.
- Très drôle Evy, je n'ai pas envie de rire et je ne suis pas plus enchanter que toi. Mais on a un triple meurtre dans le centre ville, alors préviens Victoria et ramenez vos fesses.
- Un triple meurtre ? Vous y aller pas avec le dos de la cuillère di donc...
- J'espère que vous êtes déjà en route, je vous veux devant moi dans dix minutes, répond il en raccrochant.
Juré un jour il s'habituera à mon humour. Je lève les yeux et vois la déception dans les yeux de Kevin. Ce meurtrier tombe vraiment mal ! Il va m'entendre, je vais le boucler pour entrave aux vacances, il va comprendre sa douleur !